Accompagner sans envahir

On peut dire que notre vie familiale est un peu secouée ces temps-ci… 5 jours avant le décès de Funny à 17.5 ans, Emmy (15 ans) a eu un souci. En milieu de matinée, Manu l’a trouvée assise dans le jardin, la tête penchée sur le côté, sans réaction quand il essayait de communiquer avec elle (sachant qu’elle est sourde). Il a appelé notre vétérinaire traitant, qui a tout de suite reconnu soit un AVC, soit un syndrome vestibulaire. Il nous a demandé de passer chercher un médicament pour oxygéner le cerveau. Notre vétérinaire ostéopathe a libéré un rendez-vous en urgence pour le lendemain, pour voir si elle pouvait aider au niveau de la mobilité.

 

Ils étaient tous les deux plutôt rassurants… c’est impressionnant, mais la plupart des chiens récupèrent complètement en quelques jours. L’AVC et le syndrome vestibulaire sont deux atteintes neurologiques, dont les symptômes sont quasiment identiques, ainsi que le traitement (il n’y a d’ailleurs pas grand-chose à faire… ). La seule façon de les différencier est de faire une IRM sous anesthésie, ce qui n’est pas envisageable pour une vieille louloute de 15 ans…

 

Je précise que je partage seulement notre expérience, je ne suis pas vétérinaire 😉.

 

Quand je suis rentrée à la maison, Emmy pouvait à peine faire deux pas sans vaciller, voire tomber. Elle tournait sur elle-même, désorientée. Elle était extrêmement agitée et anxieuse, et mettait du temps à se calmer, pour finir par se coucher avec difficulté, et s’endormir.

 

Pendant 48 heures, elle a détourné la tête chaque fois que je lui ai proposé à manger, à cause des nausées. Pour elle qui est d’habitude super gourmande, ça ne me rassurait pas… Après 2 jours, elle a fini par se laisser tenter par des sardines (les omégas 3 sont excellents pour le cerveau) puis j’ai peu à peu pu enrichir ses gamelles.

 

Les deux-trois premiers jours, avant que son traitement ne commence à faire effet, nous avons gardé constamment un œil sur Emmy, et avons accompagné tous ses déplacements pour éviter qu’elle ne tombe. Il lui suffisait de tourner la tête, de regarder ailleurs que devant elle, ou de heurter le moindre obstacle, pour être déséquilibrée… passer une marche était une entreprise ardue, et se secouer, impossible.

 

Le premier soir, elle a marché pendant 45 minutes dans le jardin, sans que nous ne comprenions pourquoi. Nous avons fini par la faire rentrer. Nous avons aussi remarqué qu’elle se posait plus facilement dans le calme et l’obscurité. Nous mettions donc un point d’honneur à la laisser seule au living, tentures fermées. Alors que mon premier réflexe était de rester près d’elle pour essayer de la calmer, il était clair que ce n’était pas ce dont elle avait besoin…

 

La séance ostéo a permis de débloquer certaines zones (cervicales entre autres), pour faciliter sa mobilité.

 

C’était évidemment une situation anxiogène pour tout le monde, chiens et humains.

 

Heureusement, Emmy s’est calmée après 24-36 heures. Elle dormait en permanence, sauf pour sortir faire pipi et manger quand l’appétit lui est progressivement revenu. Ensuite elle rentrait aussitôt dormir.

 

Pour moi, le plus difficile a été le sentiment d’impuissance, et le fait de la voir si diminuée. Je savais qu’il faudrait quelques jours pour que son état s’améliore, mais ce n’était pas moins difficile de la voir dans cet état… Evidemment, avec la tension nerveuse, vient la fatigue, surtout quand on est en vigilance quasi constante : veiller à ce qu’Emmy ne tombe pas, ne soit pas dérangée par les autres, ait l’aide dont elle avait besoin pour se lever et se déplacer…

 

Tout cela était présent en toile de fond. En surface, j’ai gardé mon sang-froid, pour faire ce qu’il fallait, sans laisser les émotions prendre toute la place. C’était comme si je fonctionnais à deux niveaux, simultanément : en surface, les actes à poser et sous la surface, les émotions et les questions qui ne manquent pas de se poser… « et si elle ne récupérait pas, en fin de compte ? ».

 

Même si nos deux vétérinaires se montraient rassurants sur l’évolution de « la chose », j’étais tout à coup bien loin de mon sentiment d’il y a quelques semaines, où je ne la voyais pas vraiment vieillir. Après le décès de Funny il y a 10 jours, venu me rappeler notre mortalité à tous, c’est plus difficile de ne pas y penser en voyant Emmy comme ça…

 

Aujourd’hui, 12 jours plus tard, elle remange avec appétit, est encore un peu vacillante dans ses déplacements, et oh joie… ses défauts refont surface, ses mauvaises habitudes reviennent (comme essayer d’embêter Keziah), ça c’est toujours bon signe ! Il faut continuer à surveiller notre doyenne, parce qu’elle se joindrait bien aux autres pour courir aboyer à la clôture, alors elle n’est pas encore assez stable pour cela. Alors on gère sa frustration… Le principal, c’est que les envies lui reviennent.

 

Pour moi, la leçon principale de cet épisode, a été d’être là quand Emmy avait réellement besoin d’être constamment surveillée, puis de sentir quand elle a commencé à avoir besoin de reprendre progressivement son autonomie, même si elle n’est pas encore physiquement complètement remise. Ce n’est pas simple mais c’est important de pouvoir continuer à honorer son indépendance et ses capacités, quelles qu’elles soient. C’est accepter de prendre un peu de recul, de la laisser prendre le risque de trébucher, pour lui rendre le plaisir de prendre le temps dont elle a envie pour vaquer à ses occupations canines, même si sa démarche est incertaine et son équilibre, encore un peu précaire.

 

Quand quelqu’un à qui on tient est en difficulté, on bascule vite dans le désir de tout faire à sa place. Sans doute est-ce une nécessité dans un premier temps… ensuite, ils ont besoin qu’on leur rende leur espace, leurs choix, la possibilité de trébucher ou de faire des erreurs… tout en restant présent à leurs côtés.

 

J’y vois aussi un parallèle entre l’accompagnement d’un senior, et celui d’un chiot, que je développerai dans un prochain article.

 

Bien sûr, avec un loulou âgé, on sait aussi qu’à un moment donné, il sera temps de le laisser s’en aller, et peut-être de devoir prendre « la » décision que nous redoutons tous. C’est aussi une des étapes de cet accompagnement où parfois, nous sommes très présents, parfois nous prenons du recul pour leur rendre leur autonomie, et puis un jour, c’est vers l’autre monde que l’accompagnement continue…

 

Je crois qu’une de nos craintes les plus fortes est de ne pas savoir « quand est arrivé ce moment-là » … peur de ne pas le reconnaître, et d’agir trop tôt, ou au contraire, de laisser aller les choses un peu plus loin que nécessaire. C’est une crainte légitime, vu la responsabilité que cela représente d’avoir ce « droit de vie ou de mort » sur nos compagnons, quand ils ne s’éteignent pas d’eux-mêmes. J’ai d’ailleurs énormément de respect pour les vétérinaires qui ont cette décision à concrétiser…

 

Voilà une question qui ne peut avoir d’autre réponse, que celle d’écouter à la fois nos chiens, nos coeurs et nos tripes.  Tout comme le reste de notre chemin à leurs côtés, c'est très personnel...

 

En ce qui nous concerne, que ce soit pour Joy en 2016, ou pour Funny il y a 10 jours, quand « le » moment est venu, c’était une évidence…

 

Quelle que soit l’étape de votre cheminement avec votre chien dans laquelle vous vous trouvez,

si vous avez des difficultés, contactez-moi !